Samedi, plusieurs salariées de la tour Eiffel ont été mises à l’écart lors de la visite d’une délégation religieuse hindoue du seul fait qu’elles étaient des femmes. Nada Bzioui, déléguée syndicale FO, et Clément Bain, élu CSE FO, font le point.
Que s’est-il exactement passé samedi à la tour Eiffel concernant le personnel féminin ?
Une visite culturelle d’une délégation religieuse hindoue (BAPS), composée d’une soixantaine de moines indiens, avait été organisée. La tour Eiffel n’était pas privatisée, mais des dispositions avaient été prises pour faciliter cette visite et permettre à la délégation d’accéder au monument un peu avant l’ouverture habituelle. Sur son parcours, il a été demandé à plusieurs salariées de se mettre à l’écart. Il fallait « limiter », pour ne pas dire « écarter », la présence féminine pour respecter les règles monastiques. Une salariée présente dans un ascenseur a, par exemple, été remplacée par un homme avant le passage de la délégation. Au deuxième étage, une salariée qui souhaitait aller prendre un café s’est vu demander d’attendre afin de ne pas croiser le groupe. Des salariées chargées de la sécurité et du nettoyage ont également été priées d’aller ailleurs.
Quelle raison a été avancée pour justifier cette mise à l’écart ?
Il s’agissait d’éviter que les membres de la délégation croisent des femmes en évitant tout « contact » avec elles selon les règles monastiques de BAPS. La direction a évoqué des contacts physiques, mais cela ne correspond pas à la réalité de nos métiers : nos salariés n’ont évidemment pas de contacts physiques avec les visiteurs. Dans les faits, ce sont bien des femmes qui ont été écartées du parcours. Pour nous, c’est totalement inacceptable d’autant plus que ce ne sont ni les valeurs de la République, ni les valeurs de l’entreprise, ni même les valeurs de la direction qui agit depuis quelque temps sur les discriminations et les propos sexistes. D’où notre incompréhension et notre émoi face à une telle décision.
Comment les salariés et la section FO ont-ils réagi ?
Cela a provoqué une véritable indignation parmi les salariés. Nous avons envoyé un mail à la direction dès dimanche pour dire notre consternation et demander des explications. Une assemblée générale réunissant les salariés et les trois organisations syndicales s’est tenue lundi. Beaucoup de femmes ont pris la parole et leurs témoignages ont été très forts. Certaines ont exprimé leur effarement de voir une telle situation se produire en France.
Que vous a dit la direction ?
La direction générale est venue à notre AG, le directeur général s’est excusé devant les salariés et a reconnu qu’une faute grave avait été commise. La direction a expliqué avoir fait confiance à Atout France pour l’organisation de plusieurs évènements avec BAPS partout en Île-de-France, ce qui a inhibé sa vigilance. Une autre délégation prévue plus tard par BAPS a été annulée.
La tour Eiffel est restée fermée lundi. Était-ce une grève ?
Non, c’est important de le préciser. Contrairement à ce qui a pu être dit dans les médias, les salariés n’étaient pas en grève. Ils sont restés réunis en assemblée générale toute la journée pour échanger sur la gravité de ce qui s’était produit. Une délégation d’élus, dont nous faisions partie, a tenu des réunions avec la direction pour essayer de trouver une solution afin de ne plus avoir ce type de dérives. La tour Eiffel est restée fermée en raison de l’AG prolongée et pour marquer notre contestation.
Au-delà de cette discrimination injustifiable, cet incident pose-t-il aussi la question de l’organisation des visites de délégations à la tour Eiffel ?
Oui. Nous accueillons de plus en plus de délégations et ces visites ont des conséquences sur le travail des salariés et l’exploitation du monument. Il faut qu’elles soient bien mieux encadrées. Ce qui s’est passé samedi montre les risques de décisions prises sans cadre suffisamment clair et parfois dans l’urgence. Il est impératif que le personnel soit mieux informé en amont de l’organisation de chaque visite, afin de pouvoir réagir si une demande est problématique ou inadéquate avec nos règles et procédures.
Qu’attendez-vous de la direction ?
Face à ce problème, les facteurs sont multiples et leur enchaînement a rendu le résultat insoutenable. FO demande de travailler sur un cadre clair pour ces visites et de faire un arbre des causes ou une enquête, non pas pour obtenir une ou plusieurs têtes, ce n’est pas notre objectif, mais pour déterminer quels sont les axes d’amélioration pour éviter une situation similaire à l’avenir. Nous souhaitons négocier un accord d’entreprise qui fixe des procédures claires pour l’accueil des délégations. Mais nous voulons prendre le temps de bien faire les choses, probablement en travaillant sur cet accord au mois d’octobre, plutôt que de rédiger dans l’urgence un texte incomplet. Ce qui s’est passé doit nous servir de leçon pour mettre en place un cadre solide et empêcher que cela se reproduise.




