L'industrie automobile européenne face à la crise
Pendant l'été, les inquiétudes sur l'automobile européenne ne prennent pas de vacances. Symbole de la crise actuelle, le groupe Volkswagen, longtemps considéré comme un modèle de solidité, va réduire de manière importante sa gamme, mais pourrait aussi supprimer des dizaines de milliers d'emplois et fermer quatre sites en Allemagne selon les médias locaux. Les difficultés des constructeurs allemands, qui représentent à eux seuls 21 % de la production automobile européenne, illustrent les bouleversements auxquels est confronté l'ensemble du secteur.
Les ventes de véhicules demeurent environ 25 % inférieures à leur niveau de 2019, avant la crise du Covid. Dans le même temps, les constructeurs européens doivent faire face à une concurrence internationale de plus en plus offensive et déloyale. Les constructeurs chinois gagnent des parts de marché en Europe grâce à des véhicules électriques compétitifs, mais avant tout grâce au soutien massif de leur gouvernement.
Les industriels européens partent donc avec plusieurs handicaps. Beaucoup de nos usines tournent en dessous de leur capacité, tandis que les investissements nécessaires pour maîtriser les nouvelles technologies sont considérables. À cela s'ajoute un enjeu majeur de formation et de reconversion des salariés afin d'accompagner les évolutions technologiques sans sacrifier les compétences qui font la force de notre industrie.
Pour autant, le combat est loin d'être perdu. L'industrie automobile européenne conserve des atouts indéniables : des marques reconnues dans le monde entier, un haut niveau de qualité, des compétences techniques et une véritable capacité d'innovation. Les nouveaux modèles électriques européens n'ont plus grand-chose à envier à leurs concurrents en matière de performances, de fiabilité ou de technologies embarquées.
L'Europe dispose d'un potentiel considérable pour devenir une référence mondiale dans les technologies bas carbone, le recyclage et l'économie circulaire. Mais ces atouts ne suffiront pas sans une véritable stratégie industrielle européenne fondée sur la production, l'innovation et la souveraineté.
C'est ce que FO Métaux défend depuis des années. Au niveau de l'Union européenne comme au niveau national, nous devons protéger davantage notre industrie, conditionner les aides publiques au maintien de la production sur notre sol, renforcer les exigences de contenu local et soutenir le développement de l'ensemble de la filière.
Un contenu local d'au moins 80 % doit devenir une exigence afin de garantir une véritable souveraineté industrielle. Cette stratégie doit promouvoir le recyclage de l'acier et des batteries, enjeux majeurs d'indépendance.
Les constructeurs doivent eux aussi revoir leur stratégie en privilégiant la fabrication sur notre territoire de véhicules populaires à des prix accessibles. Les exemples ne manquent pas. Toyota poursuit son développement industriel en France. Renault a franchi le cap du millionième véhicule électrique produit sur notre territoire. Stellantis a annoncé 1 Md€ d'investissements pour ses activités françaises. La preuve est faite que notre industrie a les capacités de produire, d'innover et de créer de l'emploi.
L'objectif de décarbonation ne doit pas conduire à fragiliser notre appareil productif ni à accélérer les délocalisations. Une transition réussie doit laisser aux industriels le temps d'adapter leurs outils de production, d'investir durablement dans la montée en compétences et de préserver les savoir-faire.
Elle doit également permettre à la France et à l'Europe de devenir des acteurs majeurs du recyclage des batteries, de la « black mass » et de l'acier, afin de sécuriser leurs approvisionnements en matières premières stratégiques et de réduire leurs dépendances.
L'avenir de l'automobile européenne dépendra des choix politiques des prochaines années.



