Nicolas Dufourcq, le directeur général de la Banque publique d’investissement (BPI) a rendu publique cette très inquiétante information : 90% des entreprises interrogées par son institution se plaignent de difficultés pour recruter. Selon l’INSEE, jamais l’industrie n’avait été confrontée à de telles difficultés de recrutement. Une étude de 2022 démontrait que 67 % des entreprises industrielles étaient concernées par ce problème. De nombreux secteurs de la métallurgie sont frappés par ce phénomène. Comment est-ce possible dans un pays qui compte 5,75 millions de demandeurs d’emploi inscrits en catégories A, B et C d’après les dernières estimations ?
Avons-nous suffisamment investi sur la formation ? Des centaines de milliers de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail mais les recrutements industriels se révèlent complexes car leurs formations ne correspondent pas aux besoins des entreprises. Un exemple frappant : selon l’Observatoire de la Métallurgie, les formations professionnelles ne couvrent que 50% des besoins en recrutement jusqu’à 2030 pour les métiers de chaudronnier, soudeur et technicien de maintenance. Pire : nombre de jeunes formés pour l’industrie ne travaillent finalement pas dans le secteur ou quittent le métier rapidement. La situation actuelle est évidemment une conséquence directe de la dévalorisation générale de l’industrie dans notre pays durant des décennies. Durant l’orientation scolaire et professionnelle, les métiers industriels ont systématiquement été présentés comme de simples voies de garage.
Face à une telle situation, c’est l’organisation générale de la formation professionnelle que nous devons revoir. D’abord, en reconstruisant une véritable filière de formation industrielle, qui serait pilotée en partenariat avec les branches professionnelles, en partant des besoins réels du terrain. Cela implique notamment des investissements importants dans l’apprentissage et les lycées professionnels. Il est également essentiel de sécuriser les parcours professionnels, en assurant une meilleure reconnaissance des qualifications. Dès l’orientation scolaire, dans l’enseignement secondaire comme lors des reconversions professionnelles, il faudra enfin changer l’image de l’industrie, en faisant connaître la diversité de ses métiers et les perspectives de carrière qu’elle peut offrir.
Les difficultés de recrutement de nos entreprises ne sont pas dues seulement à un manque de main-d’œuvre, elles sont en réalité, les conséquences de décennies de mauvais choix dans la valorisation des métiers industriels et notamment dans l’accès aux formations. À nous tous de changer la donne, sans espérer des solutions magiques qui n’existent pas.



