IndustriALL European Trade Union : reprise musclée

Rédigé le 18/12/2025


 

IndustriALL European Trade Union : reprise musclée

Le géant syndical européen a tenu son premier comité exécutif post-congrès le 17 novembre, à Bruxelles. C’est Anne-Marie Chopinet, également présidente du groupe de travail sur la digitalisation et la robotisation), qui y représentait notre Fédération pour traiter un ordre du jour chargé qui a permis l’adoption de positions sur plusieurs sujets clés.

Le verdissement de l’industrie est au cœur de toutes les préoccupations, notamment syndicales, et IndustriALL European Trade Union y a consacré une bonne part de son premier comité exécutif suite à son récent congrès. Alors que la Commission européenne a dévoilé début 2025 son « pacte pour une industrie propre » (Clean Industrial Deal - CID), les membres du comité exécutif se sont inquiétés de ce que « la vague de déréglementation concrétisée par les propositions omnibus […] remet en cause la mise en place d’une stratégie industrielle européenne durable forte et socialement juste ». Ils ont donc réaffirmé certains messages majeurs de l’organisation, regrettant notamment une dimension sociale trop modérée et rappelant qu’il serait difficile d’instaurer de véritables conditionnalités sociales dans les financements publics sans instruments contraignants. Pointant le caractère central, dans une industrie électrifiée, du prix et de l’approvisionnement en électricité, ils ont mis l’accent sur les capacités énergétiques décarbonées et les infrastructures correspondantes comme nécessaires éléments de réponse. Ils n’en ont pas moins lucidement concédé que de grandes ambitions nécessiteraient une planification stratégique et des investissements publics ambitieux, accompagnés d’un soutien fort à la demande et au « made in Europe ». 

L’industrie automobile européenne, confrontée à une crise structurelle, a fait l’objet d’une attention particulière, alors que les instances européennes étaient sur le point de faire bouger les lignes sur la feuille de route du tout-électrique pour 2035. « Nous demandons à l’Union européenne et à ses Etats membres d’agir de manière décisive pour défendre sa souveraineté industrielle » a écrit en substance le comité exécutif, notamment par des réglementations européennes encourageant la conception et la fabrication de véhicules en Europe. Si les objectifs climatiques, là non plus, ne doivent pas être oubliés, la décarbonation doit être pragmatique et juste, entre autres en prévoyant des garanties d’emploi et des programmes de reconversion professionnelle. IndustriALL a rappelé son attachement à la neutralité technologique (l’idée que la règlementation ne doit pas favoriser ou discriminer une technologie particulière et que la décision politique doit reposer sur les résultats de l'utilisation de la technologie), qui doit trouver une traduction dans l’action collective.

Un plan incomplet

Dans le cadre des réflexions et prises de positions sur le plan Acier, FO Métaux a attiré l’attention du Comex sur la situation de la filière fonte, et en particulier celle de la fonte ductile produite par PAM (Pont-à-Mousson), en France, dont le site fait partie des quatre derniers hauts-fourneaux encore en activité en France, aux côtés des deux de Dunkerque et de celui de Fos-sur-Mer. Considéré à tort comme périphérique dans les débats sur la sidérurgie, il constitue un pilier de la souveraineté industrielle européenne, essentiel à l’acheminement de l’eau et aux infrastructures critiques de nos pays. Or, cette filière subit exactement les mêmes pressions et menaces que la sidérurgie, avec les exigences massives de décarbonation, le dumping environnemental, social et énergétique venu de Chine, d’Inde et d’autres pays tiers, les surcapacités mondiales, et enfin l’inondation du marché européen par des produits importés à bas coût et sans respect de nos standards. « Les mêmes causes produisent les mêmes effets, a résumé Anne-Marie Chopinet : si nous ne protégeons pas la fonte comme l’acier, elle disparaîtra. Ce serait un choc industriel et territorial majeur, car il représente l’un des derniers savoir-faire européens dans ce domaine. » FO Métaux a donc demandé que, dans les travaux communs et dans prises de position sur le European Steel and Metals Action Plan, la filière fonte – et en particulier la fonte ductile – soit explicitement intégrée dans les revendications, textes et propositions adressés aux institutions européennes. Notre organisation a également revendiqué que la filière fonte soit incluse dans les instruments de protection commerciale, qu’elle bénéficie des mêmes dispositifs que l’acier pour la décarbonation, que les importations non conformes aux standards européens soient strictement contrôlées, et que la future législation européenne, qui doit être validée en décembre 2025, prenne en compte la filière fonte au même titre que l’acier.

Préparer la relève

Avant d’achever la réunion par la mise en place des différents comités sectoriels (Anne-Marie Chopinet est restée présidente du comité sectoriel digitalisation et robotisation), le Comex est revenu sur les avancées concernant le groupe de travail Jeunes d’industriALL European Trade Union. Il s’est félicité d’une plus grande implication dans les travaux et le fonctionnement de l’organisation. Le groupe Jeunes ne s’est cependant pas vu conférer une voix délibérative dans les instances, à la satisfaction de plusieurs membres, dont FO Métaux, ce qui permet aux affiliés de rester souverains dans les décisions de la Fédération syndicale. « Le renforcement de leur  présence est un signe positif et encourageant, considère le secrétaire fédéral Paul Ribeiro, en charge de l’international. Il est important qu’ils prennent la place qui est la leur : celle de la relève, pour préparer l’avenir du syndicalisme.