Plusieurs dizaines de milliers d’entreprises, près d’un million et demi de salariés sur notre territoire et des milliards d’euros de chiffre d’affaires : les chiffres avancés par le patron de l’UIMM en préambule du débat ne sauraient à eux seuls définir l’industrie. Pour Valentin Rodriguez, il faut avant tout y voir un secteur vital pour la souveraineté de notre pays, « que nous n’avons pas redécouvert lors du Covid, comme tant de responsables publics, pour se rendre compte qu’il perdait des emplois et était mal en point. »
Il s’est prudemment réjoui d’une prise de conscience plus large de ces réalités, au-delà de la sphère syndicale. Aéronautique, automobile, électronique… Valentin Rodriguez a souligné les traits communs qui lient ces activités : « L’industrie, c’est avant tout la capacité d’un pays à produire intégralement ce dont il a besoin sur son territoire pour sa souveraineté, pour soutenir sa vitalité économique, pour donner du travail à sa population et participer à l’équilibre de son modèle social. »
« Il ne s’agit pas d’un pan isolé de notre économie, car l’industrie s’inscrit dans un système plus large, en ce qu’elle nécessite des métiers et compétences, qui supposent eux-mêmes de la formation, ainsi que des politiques d’orientation et d’attractivité. » — Eric Trappier
La bataille entre prix et compétitivité
Malgré ce rôle central, l’industrie subit un recul constant depuis 1974, avec près de 2 millions d’emplois perdus en cinquante ans. L’automobile en offre aujourd’hui l’exemple le plus marquant, avec plus de 100 000 postes supprimés entre 2000 et 2020. « Ce sont autant de facteurs de création de richesses qui ont disparu », a déploré le secrétaire général de la Fédération.
Eric Trappier a dénoncé l’absence d’un « agenda intelligent » pour accompagner la bascule du thermique vers l’électrique. Des exigences normatives disproportionnées qui ont favorisé l'essor chinois sur les batteries : « L’hémorragie avait commencé bien avant, à la suite de décisions de mise en concurrence des sites au niveau européen, qui fait qu’aujourd’hui la plupart des citadines ne sont plus produites en France ! », a complété Valentin Rodriguez.
Pour le président de l’UIMM, un équilibre doit être trouvé au profit de l’emploi en France en s'appuyant sur l'innovation et sur une énergie décarbonée issue du nucléaire, tout en assumant des choix d’excellence ciblés.
Un déclin organisé
Face à ce carnage, la part de l’industrie dans le PIB a été divisée par deux pour flirter avec les 10 %, contre près de 20 % chez nos voisins. Pour Valentin Rodriguez, ce recul provient de choix politiques amorcés dès les années 1980 valorisant les pays à bas coûts, renforcés par l’entrée mal encadrée de la Chine à l’OMC en 2001 et par la posture stérile de certains acteurs sociaux prônant le grand soir au détriment du réalisme économique.
Pour Eric Trappier, l’illusion d’une « industrie sans usines » remplacée par les services a été fatale : « Il faut être capable de concevoir le produit mais aussi la façon de le produire si l’on ne veut pas perdre la main sur l’ensemble du processus. » Les deux responsables ont fustigé les décisions politiques prises de manière isolée, sans écoute des organisations syndicales qui détiennent la véritable expertise du terrain.
Le pragmatisme syndical et industriel
Pour redresser la trajectoire, Valentin Rodriguez prône l'action immédiate : « En osant planifier à long terme, avec une vraie politique industrielle, et en débloquant des moyens à la hauteur pour rivaliser avec les armes de nos concurrents internationaux. »
Côté employeurs, la priorité passe par une harmonisation fiscale et sociale européenne pour enrayer le dumping intra-communautaire, ainsi que par une préférence européenne rigoureusement appliquée. Une convergence de vue guidée par le pragmatisme des acteurs de terrain.