Jean Tirole se trompe : la réindustrialisation est plus que jamais une priorité !
Le prix Nobel d'économie appelle la France à arrêter de « se focaliser sur la réindustrialisation ». Pour FO Métaux, le problème est posé à l'envers : l'intelligence artificielle a plus que jamais besoin d'une industrie forte.
Jean Tirole, prix Nobel d'économie, a récemment affirmé lors d'une intervention sur BFM que la France devrait arrêter de « se focaliser sur la réindustrialisation », en regrettant que nous continuions à investir dans « l'industrie d'hier ». Pour FO Métaux, le problème est posé à l'envers. Ce n'est pas parce que l'intelligence artificielle et les biotechnologies vont prendre une place croissante dans notre économie que nous aurons moins besoin d'industrie. Bien au contraire !
Jean Tirole a raison sur un point : la France et l'Europe ont pris du retard dans des secteurs stratégiques comme l'intelligence artificielle et les biotechnologies. Nous devons investir massivement dans ces technologies si nous ne voulons pas dépendre demain encore davantage des États-Unis et de la Chine. Mais pourquoi faudrait-il pour cela arrêter de « se focaliser sur la réindustrialisation » ? Pourquoi opposer l'IA et l'industrie ?
L'IA elle-même a besoin d'industrie. Derrière les algorithmes, il faut des semi-conducteurs, des serveurs, des centres de données, des réseaux électriques, des équipements électroniques, des systèmes de refroidissement. Une économie numérique sans base industrielle solide ne nous rendrait pas plus souverains. Elle nous ferait passer d'une dépendance à une autre.
L'expression « industrie d'hier » employée par Jean Tirole interpelle. L'automobile électrique, les batteries, l'aéronautique, le spatial, le nucléaire, les semi-conducteurs, la robotique, les équipements électriques ou les technologies de décarbonation appartiennent-ils à « l'industrie d'hier » ? Certainement pas.
L'industrie se transforme en permanence. Elle innove, se numérise, se décarbone et intègre déjà l'intelligence artificielle. Réindustrialiser ne signifie pas reconstruire les usines des années 1970. Mais décider que la France doit continuer à produire et à maîtriser les technologies et les savoir-faire dont elle aura besoin demain.
L'industrie est essentielle à tous les niveaux. Elle crée des emplois, de la richesse, fait vivre nos territoires, nourrit l'innovation et entraîne dans son sillage tout un tissu de sous-traitants et de services. Elle est aussi au cœur de notre souveraineté : un pays qui ne produit plus devient dépendant de ceux qui produisent à sa place.
Il existe un paradoxe à vouloir relativiser l'importance de la réindustrialisation au moment où l'intelligence artificielle s'apprête à bouleverser profondément le marché du travail.
L'IA va transformer de nombreux métiers et automatiser une partie des tâches aujourd'hui effectuées par des salariés. Tous les emplois ne disparaîtront évidemment pas. De nouveaux métiers apparaîtront et beaucoup évolueront. Mais personne ne peut sérieusement affirmer que cette révolution technologique sera sans conséquences sur l'emploi.
Si l'IA transforme profondément une partie des emplois de services, nous aurons plus que jamais besoin d'une économie diversifiée, capable de créer de la richesse et des emplois dans de nombreux secteurs. Affaiblir encore notre industrie au moment où le reste du marché du travail connaît à son tour une révolution technologique serait prendre un risque vital.
Affirmer que notre pays se focaliserait trop sur la réindustrialisation nous paraît pour le moins déconnecté de la réalité vécue dans nos entreprises et nos territoires. La priorité doit au contraire être d'accélérer. Jean Tirole nous invite à préparer l'économie de demain. Nous aussi. C'est pour cela que nous avons besoin d'industrie.