Les métallos FO du groupe Schneider se sont retrouvés les 24 et 25 juin à Angoulême (Charente) pour la 13ème édition de la grande coordination qu’ils tiennent tous les quatre ans. Autour de l’équipe de coordination emmenée par Emmanuel Da Cruz, en présence du secrétaire fédéral Eric Keller et avec la participation en visioconférence du secrétaire général FO Métaux Valentin Rodriguez, ils sont revenus sur les inquiétudes pesant sur l’emploi et l’industrie dans le groupe, mais aussi sur le remarquable travail de développement syndical qui a permis à notre organisation d’y devenir majoritaire. Une position que les métallos FO sont bien décidés à conserver.
« Difficile d’être exhaustif quant aux nombreux événements qui ont jalonné les quatre années passées, a lancé le coordinateur FO Emmanuel Da Cruz, en ouverture de la coordination Schneider Electric des 24 et 25 juin, alors je m’en tiendrai aux points importants. » Même avec un tel esprit de synthèse, le rapport d’activité qu’il a présenté restait impressionnant et en disait long sur la force de notre organisation au sein du groupe et sur l’action qu’elle y mène.
Pour agir efficacement, l’accent a été mis sur le renforcement de l’équipe de coordination, notamment afin de pouvoir partir mieux armé à la conquête du troisième collège, pour mieux représenter tous les salariés. Ainsi étoffée, elle a aussi gagné en agilité, ce qui a été bien utile face à une direction constante dans ses tentatives de diviser et d’isoler les représentants FO pour mieux paralyser leur action. Une fois ce mode d’organisation déployé, c’est aussi à une plus forte coordination entre le central et les équipes locales et militants de terrain que l’énergie a été consacrée. Le résultat ? « Nous sommes plus que jamais coordonnés, parlant d’une seule voix, convaincus que la Force du « ensemble » nous aidera à résister à la désindustrialisation de la France chez Schneider » a-t-il asséné, sans cacher que ce combat était de plus en plus difficile. Mais ce fonctionnement a permis à FO de se renforcer et de se maintenir 1ère organisation syndicale du groupe, et de le rappeler récemment à deux reprises en mobilisant fortement les salariés, à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne) d’abord, le 28 avril, puis devant le siège social le 16 juin, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Le coordinateur a néanmoins appelé à rester vigilants, car cette représentativité pâtit d’une faiblesse qui doit absolument être compensée chez les cadres, au risque d’un recul aux prochaines élections professionnelles.
Inquiétudes sur l’emploi
La situation au sein du groupe a été l’objet de toutes les attentions et de l’essentiel des interventions à la tribune. C’était également le thème d’une brochure en quatre pages, intitulée « Menace sur l’emploi », qui a été remise à tous les participants. Si la coordination avait entre autres objectif celui de construire la feuille de route des équipes pour les quatre prochaines années, alors la défense de l’industrie promet d’y tenir une place prépondérante. L’année 2026 a débuté avec la fermeture d’une usine danoise et la promesse que d’autres connaitraient le même sort, signe qu’au terme d’une décennie de restructuration qui a vu la disparition de 22 sites et de milliers d’emplois, le groupe n’a toujours pas fini de faire de la découpe, alors pourtant que toutes ses implantations gagnent de l’argent. Le coordinateur a retracé le chemin qui a mené à cette situation devenue aussi incompréhensible qu’injustifiable. Entre les délocalisations pour produire au plus près du client, baptisées « régionalisation », qu’accompagne une politique de « double sourcing » éclatant certains volumes sur plusieurs sites pour ne plus dépendre d’un seul, et la simplification des gammes de produits qui se traduit par le remplacement de certains par leur équivalent low cost venu d’Asie, « difficile de voir comment Schneider compte construire son avenir industriel en France », a ironisé Emmanuel Da Cruz. Comment justifier ce carnage ? s’est scandalisé le coordinateur, qui s’est également indigné de ce que le fruit du travail de R&D subventionné en France à hauteur de 20 % par le Crédit Impôt Recherche (CIR) ne permette pas d’alimenter les sites français avec de nouvelles gammes de produits pour les volumes Europe.
Autant de contradictions et de questions que notre organisation compte bien poser prochainement à la direction. Il s’agira aussi de savoir comment Schneider compte répondre à la demande de DataCenters ou de bornes de recharge en France alors que ses usines actuelles vont être rapidement saturées. Pour FO, la réponse est claire : il faut mobiliser les sites tricolores en sous-charge au lieu de regarder toujours vers l’étranger. Pas question de rater le grand tournant de l’Electrification, a considéré le coordinateur, qui a prévenu : les métallos FO n’hésiteront pas à se mobiliser chaque fois que nécessaire pour défendre les sites et les emplois. L’avenir risque bien de transformer l’avertissement en réalité : selon les estimations FO (rien n’est confirmé à ce jour), la Direction réfléchirait, pour sa stratégie 2030, à trois hypothèses de réorganisation et/ou restructuration. L’une miserait sur le regroupement des sites distants d’une soixantaine de kilomètres en un seul site régional. Une autre se traduirait par la fermeture d’une demi-douzaine de sites isolés, tandis qu’une dernière pourrait consister à « délocaliser » tout ou partie de l’activité d’un site sur un autre, en France ou en Europe au gré des besoins du groupe, au risque de laisser dans le sillage de l’opération plusieurs cadavres. « Aucune de ces hypothèses n’est acceptable pour FO, a tranché Emmanuel Da Cruz, ce qui veut dire que le combat commence à peine pour faire échec à cette nouvelle stratégie dans laquelle l’industrie que nous défendons n’a, de fait, aucune place. »
La nécessité d’une politique industrielle
Ces fragilités sur l’emploi, l’industrie et le pouvoir d’achat sont celles du contexte plus large de la situation dans notre pays, dont s’inquiète aussi notre Fédération, a fait savoir Eric Keller. Face à cette situation, notre Fédération réaffirme une ligne claire : défendre l'emploi industriel, les salaires, les qualifications, les compétences, les sites de production et la souveraineté industrielle de notre pays. Nous devons avoir conscience que la concurrence mondiale a profondément changé, a expliqué le secrétaire fédéral. La Chine n'est plus seulement un pays à bas coûts. Elle est devenue une puissance industrielle majeure dans des secteurs stratégiques : automobile, batteries, électronique, intelligence artificielle, robotique ou encore énergie. « Face à cela, FO Métaux considère que l'Europe ne peut plus se contenter d'accompagner les évolutions du marché. Nous avons besoin d'une véritable politique industrielle, d'investissements, de protéger nos filières stratégiques, et que l'argent public serve à développer l'emploi et la production en Europe, et pas à financer des délocalisations déguisées. » Pour notre organisation, la souveraineté industrielle n'est pas un slogan. C'est la capacité de produire, former, innover en France, et de maintenir des emplois qualifiés sur nos territoires.
Ces considérations entrent en résonance avec les préoccupations des salariés de Schneider Electric, groupe aux résultats économiques solides, bénéficiant pleinement des grandes transformations liées à la transition énergétique, à l'électrification, au numérique et à l'intelligence artificielle. Chez le champion industriel français, un leader mondial de la gestion de l'énergie et des automatismes, beaucoup de questions se posent autour du projet européen « NEXT ». Face aux bruits de réorganisation, d'évolution des structures, de mutualisation, de rationalisation, les salariés disposent de trop peu d'informations sur les conséquences concrètes pour l'emploi, les métiers, les compétences et l'avenir des implantations. Pour FO, ce manque de visibilité n'est pas acceptable. Quand une entreprise prépare une transformation de cette ampleur, les représentants du personnel doivent être informés en amont. Quand elle a un tel succès, elle doit des comptes aux salariés qui en sont les artisans. C’était tout le sens de l’opération réussie au mois de juin, qui a vu 200 métallos FO se rassembler devant le siège, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) tandis que les coordinateurs FO étaient reçus par la direction, a rappelé à son tour Eric Keller, pour demander quelles en seraient les conséquences sur les organisations, les emplois, les compétences et les sites. Cette mobilisation a envoyé un message clair : les salariés ne veulent pas découvrir leur avenir au dernier moment. Ils exigent la transparence, du dialogue social et des garanties. Notre organisation attend à présent des réponses. « Si nous sommes en première ligne sur ce dossier, a fait remarquer Emmanuel Da Cruz, cela ne doit rien au hasard mais au fait que nous sommes la première organisation syndicale du groupe Schneider. Cette place, nous l'avons obtenue en gagnant la confiance des salariés, par notre présence constante sur le terrain, par notre intransigeance dans la défense des salariés, avec indépendance, sans complaisance et sans posture. Continuons de mériter cette confiance en restant résolus dans l’action et ouverts dans la discussion ! »
Ne pas relâcher la vigilance
Eric Keller a conclu en résumant la position de notre organisation, celle d’un syndicalisme qui ne s’oppose pas par principe au changement et qui sait la nécessité pour l’entreprise d’évoluer afin de rester compétitive. Mais la transformation ne saurait réussir sans transparence ni dialogue social, et encore moins contre les salariés. Le projet NEXT devra être jugé sur des faits, et en particulier ses conséquences sur l'emploi, les sites, les métiers et les conditions de travail. « Tant que nous n'aurons pas ces réponses, FO continuera à demander des explications, à porter les revendications des salariés et à se mobiliser si nécessaire », a-t-il prévenu. Il a achevé en rappelant la tenue des conférences de branches à partir de la rentrée, souhaitant voir les métallos FO de Schneider Electric venir en nombre à celle du secteur électrique.
ENCADRE - Valentin Rodriguez : « la réindustrialisation n’a que trop tardé »
Lors de son intervention par visioconférence, le secrétaire général de notre Fédération, Valentin Rodriguez, a fait part des analyses de notre organisation sur plusieurs sujets d’actualité nationale, au premier rang desquels les salaires et le pouvoir d’achat. Pour FO, l'augmentation du SMIC au 1er juin démontre une nouvelle fois la nécessité de revaloriser les minima conventionnels de la métallurgie. Si les classifications et les minima de branche doivent continuer à reconnaître les qualifications, les compétences et l'expérience professionnelle, il n’est cependant pas acceptable que des salariés qualifiés se retrouvent progressivement rattrapés par le SMIC. C'est pourquoi, a-t-il révélé, notre Fédération a demandé l'ouverture de négociations salariales pour la rentrée et continuera à porter cette revendication avec détermination. S’exprimant ensuite sur la situation industrielle, il a réaffirmé avec force les positions de notre Fédération sur la nationalisation d’ArcelorMittal, une réponse inadaptée aux enjeux vitaux de la sidérurgie, ainsi que sur la nécessité de disposer d’une industrie de la défense forte et de plaider pour en faire le socle d’une réindustrialisation nationale qui n’a que trop tardé. Il a également informé les métallos FO de Schneider Electric de la tenue d’une conférence industrielle avec notre Confédération et le ministère de l’Industrie le 8 octobre prochain. Valentin Rodriguez les a aussi assurés, à nouveau, du soutien de notre Fédération face à la situation compliquée qu’ils affrontent et sur laquelle elle maintient un contact régulier avec Bercy. Enfin, félicitant les équipes syndicales pour le talent et l’efficacité avec lesquels elles ont su faire de FO la première organisation syndicale du groupe, il a rappelé que cette expertise et cette force avaient toute leur place et leur utilité dans le cadre du plan fédéral AGIR, qui entrera prochainement dans une nouvelle phase.
ENCADRE : Mieux se former
Après un rapide retour sur le système de négociation en centrale, auquel il a par ailleurs invité les délégués à participer, considérant qu’il s’agit aussi là d’une porte d’entrée vers une plus grande implication syndicale et d’un moyen d’œuvrer au renouvellement générationnel, il est revenu sur le dossier de la formation. Dans ce domaine où les attentes des métallos FO sont grandes, il a présenté le plan de développement militant construit autour de deux journées sur-mesure, la première pour informer sur un sujet pré-convenu, l’autre pour une mise en situation sur un cas pratique, le tout en complément des offres fédérales et confédérales. Un calendrier des formations sera d’ailleurs prochainement mis en place, pour permettre aux équipes de se projeter sur les deux à trois années suivantes. « N’oubliez jamais, de la bouche d’un vieux militant comme moi, a lancé le coordinateur, un brin taquin, pour refermer cette thématique, que c’est par la formation que vous arriverez à vous sentir à l’aise dans vos fonctions et à ne pas vous isoler dans votre équipe. Ce qui était possible hier en apprenant sur « le tas » n’est plus possible dès lors que vous prenez des postes à responsabilité. »
ENCADRE : des pages qui se tournent
Comme souvent lors des grands rendez-vous de notre organisation, l’émotion était de la partie pour saluer le départ de plusieurs piliers de la coordination et des équipes FO Schneider Electric. Emmanuel Da Cruz a tenu à remercier « celles et ceux qui partent bientôt, avec le sentiment du devoir accompli » pour leur amitié, car le syndicalisme est aussi une aventure humaine, et pour leur engagement avec FO au service des salariés. Un salut particulièrement appuyé, applaudi par les militants, a été fait à Thierry Gruet, ex-secrétaire du CSE central Schneider et plus récemment ex-secrétaire adjoint du Comité de groupe, à Franck Parnaudeau, ex-trésorier central et ex-secrétaire du CSE central Schneider, ainsi qu’à Michel Chiret, coordonnateur adjoint et ex-représentant syndical au CSE Central Schneider, qui laisse à Emmanuel le soin de continuer à « secouer » la Direction.